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Accueil du site > Champs de recherche > Sacré - Souveraineté > Cultures juridiques et judiciaires > Le discours judiciaire

Le discours judiciaire

Sa construction, ses usages et ses transpositions

Dans les deux derniers siècles du Moyen Âge, le langage judiciaire est marqué par le bilinguisme. Le passage continuel du latin au français et inversement a entraîné des effets sur le français courant. C’est aux greffiers et aux notaires que l’on doit, selon toute apparence, la complexification de l’orthographe due à l’écriture de lettres que la prononciation ignore et qui ont pour seule fonction de rappeler l’étymologie latine des termes. Le bilinguisme a entraîné aussi la formation d’un langage propre aux gens de justice, déroutant pour le non initié et qui est resté jusqu’à nos jours une caractéristique de la pratique du droit français. Il reste indispensable de reprendre le problème sur le terrain propre de la linguistique : la mise en chantier d’un lexique de la langue judiciaire serait à cet égard une avancée considérable (Joël Blanchard). Mais on peut aussi faire retour sur le phénomène en explorant ses racines : la procédure canonique qui a donné ses bases dès le XIIIe siècle à celle des juridictions royales, mais qui n’en poursuit pas moins une trajectoire propre, aux siècles suivants, dans les justices ecclésiastiques, et qui reste en échange constant avec les usages des tribunaux royaux. Les questions de la justification ou « motivation » de la décision de justice y commandent toutes les stratégies discursives (Émilie Rosenblieh). Les mêmes obsessions de la justification se retrouvent dans les procès politiques, dont la pratique a été de plus en plus fréquente dans la France de la fin du Moyen Age et auxquels s’attachent aujourd’hui plusieurs chercheurs (Joël Blanchard, Olivier Mattéoni, Jean-Patrice Boudet, Claude Gauvard). Ces procès sont-ils, à travers la lèse-majesté, l’expression la plus pure de la souveraineté et donc de l’identité même du juridique ou faut-il y voir, au contraire, un détournement du langage du droit destiné à habiller des règlements de comptes ? Un débat historiographique s’amorce sur la question, débat qui pourrait focaliser dans les prochaines années les historiens de la justice tardo-médiévale. Enfin, dans un autre ordre d’idée, une des questions connexes les plus intéressantes est aussi celle des transpositions du style judiciaire et de ses détournements par l’inversion parodique. La basoche, avec ses causes grasses et ses soties, est un lieu d’éclosion du théâtre médiéval, que l’on peut atteindre par la découverte et la publication de textes encore inédits (Joël Blanchard) ou encore par l’étude des pratiques festives de l’inversion (Yann Dahhaoui). À nouveau, il s’agit ici encore d’explorer des « passages » : de l’Église à l’État, de la technique juridique au règlement de questions politiques, de la pratique du droit à la littérature, du langage spécialisé du palais à la langue courante.