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Accueil du site > Programmes > Économie et techniques de construction > Présentations des séances > Histoire de la construction - 2010-2011 > lundi 31 mai 2010

lundi 31 mai 2010

 [1]

Projet et implantation

Séance coordonnée par la Katholieke Universiteit Leuven, Departement Architektuur Stedenbouw en Ruimtelijke Ordening – Mme Krista de Jonge
Plans, dessins, modèles, exemples, contrat, devis… le projet architectural a pris diverses formes auxquelles la recherche a diversement prêté attention et sur lesquelles nous souhaitons revenir. Le projet sera alors envisagé jusqu’à sa première traduction formelle sur le terrain : l’implantation. Nous souhaitons évoquer dans ce cadre les manières dont, concrètement, les limites ou les dimensions du bâtiment à édifier étaient marquées, y compris lorsque l’emplacement prévu était déjà occupé par des constructions.

- Krista DE JONGE : Introduction

- Pieter MARTENS (Dr Ingénieur-architecte, chercheur post-doc, Dépt. d’architecture, urbanisme et planning, Katholieke Universiteit Leuven) : « Le dessin d’architecture militaire au XVIe siècle : formes et fonctions, du premier projet jusqu’au chantier » [2]

Cette contribution vise à éclairer le rôle du dessin d’architecture dans le champ militaire au XVIe siècle. La plupart des plans de fortifications conservés aujourd’hui (souvent recueillis dans des atlas militaires) sont des représentations postérieures d’ouvrages existants. Nous nous concentrerons, en revanche, sur les dessins, plus rares, qui ont joué un rôle dans les phases successives de la « projettation » même des ouvrages, de la première conception jusqu’au marquage sur le terrain du projet définitif et le début du chantier. En dehors de dessins conservés, cette analyse englobera également des dessins disparus mais mentionnés, parfois décrits en détail, dans des sources écrites. Les cas étudiés se situent pour la plupart dans les anciens Pays-Bas et seront mis dans une perspective européenne. Nous prêterons attention aux diverses formes et diverses fonctions du dessin (relevé du terrain, premier projet, plan et modèle de présentation, master plan, outil de travail, rapport du progrès des travaux, instrument de contrôle). Nous entendons également éclairer dans quelle mesure le dessin d’architecture militaire au XVIe siècle reflète le développement d’une nouvelle pratique architecturale (liée à la genèse de la fortification bastionnée), et dans quelle mesure le dessin a lui-même constitué une force motrice de cette nouvelle pratique.

- Elyne OLIVIER-VALENGIN (Consultante auprès des architectes du Patrimoine) : « Le dessin d’architecture au service d’une ambition : Simon Vollant à l’ombre de Vauban » [3]

Les Affaires Générales des Archives municipales de Lille recèlent un fonds original, dont l’étude prend tout son sens dans ce séminaire dont le thème porte sur le dessin d’architecture, hâtivement présenté comme le « portefeuille de Vauban », deux de ces croquis ont d’ailleurs été exposés à la Cité de l’Architecture à Paris lors du Tricentenaire de la mort de Vauban. En réalité, ces dessins sont les uniques témoignages iconographiques de l’activité d’un ingénieur du Roi lillois, Simon Vollant (1662-1696), entre 1668 et 1689. Ce personnage marqua de son empreinte l’architecture et l’urbanisme lillois de la seconde moitié du XVIIe siècle. De plus, il constitue un exemple remarquable d’ascension sociale par le biais du corps des ingénieurs des fortifications. Issu d’une lignée de maîtres-maçons lillois, il sut se rendre indispensable auprès de Vauban et gagner la sympathie et l’appui indéfectible de Louvois qui appuya son anoblissement. Il fut considéré comme la véritable cheville ouvrière des chantiers de Lille. Fort de son entregent et de ses capacités techniques, il gravit les échelons : de doyen du corps des maîtres-maçons lillois, il devint Argentier de la ville. A sa mort, il occupait les fonctions de « directeur » des fortifications d’une partie de la Flandre wallonne.
Nous avions découvert ce fonds en 1998 lors du travail préparatoire pour l’exposition Lille au XVIIe siècle. Cet ensemble de dessins inédits fut considéré comme non exposable sans doute en raison de son aspect brut, technique (relevés de terrain, notes de frais, esquisses) et disparate (commandes privées et publiques, dessins de plans de villes, dessins théoriques, portraits physiognomoniques). Consciente de l’intérêt de cette documentation, nous avions entrepris un travail de recherche sur la paternité de ces dessins. Ce sera l’objet de notre première partie.
Loin de se limiter à retracer le parcours archivistique de ce fonds, notre étude vise à comprendre la démarche de cet ingénieur militaire. Ces dessins, projets et relevés revêtent un caractère fondamental pou l’histoire urbaine de la ville de Lille mais aussi pour la connaissance de la carrière de Simon Vollant. Ils sont généralement les uniques témoignages iconographiques de son activité et des chantiers de fortifications de Lille entre 1668 et 1689, date des premiers plans conservés au Service Historique de l’Armée de Terre et au département des Estampes de la Bibliothèque Nationale de France. Ils permettent de connaître les étapes de l’élaboration des fortifications et de l’agrandissement de la ville de Lille : de l’observation du site au tracé, de la théorie au calcul, du relevé au projet (projet de casernes, jardin du Gouverneur etc.). La confrontation avec les archives manuscrites et les édifices ou ouvrages subsistants nous permettront d’analyser le passage de la conception à la réalisation du projet.
L’étude de ce fonds est donc une nécessité pour comprendre la genèse des transformations urbaines de Lille telles qu’elles apparaissent dans la nouvelle physionomie du paysage urbain des années 1668 à 1690.
Enfin, cette étude permettra d’élargir le champ d’activité connu de cet ingénieur militaire y compris sur le plan géographique mais aussi de mettre en valeur sa maîtrise de l’hydraulique au service de l’art des jardins, domaine jusqu’alors pas défriché.

- Astrid LANG (Historienne de l’art, chercheur en doctorat à l’Université de Cologne, Kunsthistorisches Institut, Baugeschichte) : The Architectural Drawings of Hermann Vischer the Younger : An adaptation of foreign architectural forms to a well-established technique of construction (Les dessins d’architecture de Hermann Vischer le jeune : l’adaptation des formes architecturales étrangères à une technique de construction bien assise). [4]

Dans les années 1515-1516, Hermann Vischer le jeune entreprit un voyage à travers l’Italie. À la fin de celui-ci, il retourna chez lui à Nuremberg avec une collection de projets et de dessins représentant plusieurs bâtiments de la Renaissance italienne parmi les plus récents, quelques architectures antiques et aussi des études sur la Cathédrale de Bamberg et la tombe de Sebaldus qui avait été quasiment achevée par l’atelier familial de Vischer pendant l’absence de Hermann. La première impression que nous laissent ces dessins est de présenter des études professionnelles des plus fidèles et des plus parfaites, mais lorsque l’on regarde la proportion, comme la plupart des détails, des éléments des bâtiments montrent qu’Hermann Vischer le jeune entretenait un rapport particulier avec l’architecture décrite.
Une analyse des lignes de construction présentées par chacun des dessins montre que Vischer utilisa une série limitée de formules géométriques pour créer les proportions de ses architectures. Il transforma volontairement la plupart des traits de l’architecture étrangère pour ramener une collection de projets de formes architecturales italiennes combinées avec sa technique personnelle de dessin (basée sur la géométrie) qu’il avait dû probablement acquérir dans un atelier de sa ville de Nuremberg ou proche de celle-ci. Avec cette combinaison entre des formes architecturales étrangères et une technique de construction bien assise, basée sur une longue tradition de pratique constructive des ateliers du Nord, les dessins de Hermann Vischer le jeune montrent un projet orienté vers le maître d’ouvrage. Anticipant des difficultés éventuelles lors de l’exécution de ses projets sur le chantier, il essaya de persuader préalablement les membres de son atelier, comme aussi, bien entendu, les futurs mécènes, de l’intérêt des innovations italiennes en les transférant dans la tradition locale des métiers du bâtiment. La propre appréciation par Vischer de sa tradition locale de la construction et de la conception doit bien sûr être analysée dans ce contexte.

In the years 1515 and 1516, Hermann Vischer the Younger travelled through Italy and returned from his trip to his hometown Nuremberg with a collection of drafts and drawings showing various of the most recent Italian renaissance buildings, some antique architecture and also studies of the Bamberg Cathedral and the Sebaldus tomb, which had been almost finished by the Vischer familiy workshop during Hermann’s absence. The first impression of the drawings is one of very accurately and thoroughly crafted surveys, but when it comes to proportion and also some major details of the buildings’ components, Hermann Vischer the Younger’s report of the status quo of the depicted architecture seems rather imprecise. However, an analysis of the construction lines, which are part of every single one of the sheets, shows that Vischer consistently used a limited set of various geometrical strategies to create the proportions of the surveyed architecture. He obviously willingly changed major aspects of the foreign architecture to bring home a collection of drafts consisting of Italian architectural forms combined with Vischer’s geometry-based drafting technique, which he most probably had acquired in a workshop in or near his hometown Nuremberg.
With this combination of foreign architectural forms and a well-established technique of construction based on a long lasting tradition of building experience in northern workshops, the drawings of Hermann Vischer the Younger show a receiver-oriented design. Anticipating possible difficulties in implementing his designs on the building site, he in advance tried to persuade the members of his workshop and also of course future patrons of the Italian innovations by translating them to the local tradition of building craft. Vischer’s own appreciation of his local tradition in building and designing can also of course not be underestimated in this context.

- Merlijn HURX (Historien de l’architecture, PhD researcher Technical University of Delft, Faculteit Bouwkunde) : The Metinghe for the Maison du Roi in Brussels and the Abbey of Tongerlo : contract supervision in the early sixteenth century in the Low Countries (Le Metinghe pour la Maison du roi à Bruxelles et l’abbaye de Tongerlo : contrôle des contrats dans les Pays Bas au début du XVIe siècle.) [5]

En 1431, le duc de Bourgogne décréta que dans le Duché de Brabant tous les travaux importants de construction de son administration devraient être mis en adjudication. Cette volonté de laisser fonctionner le système sous contrat était déjà courante en Hollande au XIVe siècle, quand l’important marché de la construction privée commença à se développer. Les ateliers installés près des carrières de Bruxelles – qui pouvaient développer une production préfabriquée allant de pierres de parement en série à des kits complet de bâtiment – furent particulièrement favorisées par cette formule. Seules quelques constructions telles Notre-Dame à Anvers et la Cathédrale d’Utrecht furent érigées en régie directe. La cour, comme l’Église et les villes préféraient, en effet, compter sur les entreprises privées plutôt que d’établir leurs propres sociétés de construction.
L’efficacité et la concurrence des prix étaient les causes évidentes du succès du système. Les entrepreneurs étaient invités à être présents aux enchères, pendant lesquelles ils étaient tentés de proposer leur plus faible offre par un système astucieux de bonus. De plus, le maître d’ouvrage pouvait pratiquer avec un petit groupe de travailleurs qu’il contrôlait et n’avait pas besoin de louer des ouvriers spécialisés et hautement qualifiés tout au long de l’année.
La conception des parties commerciales du contrat requérait une procédure rationnelle de projet et d’expertise. Pour faire connaître le travail et le transcrire sous forme contractuelle, des projets bien conçus à l’avance étaient nécessaires ; incluant un ensemble de dessins, un cahier des charges et des gabarits de tailleurs de pierre. Quand le travail était terminé, la construction était inspectée par des experts en bâtiment qui dressaient des rapports contenant les mesures de la bâtisse achevée.
Dans ce papier, nous analyserons deux de ces rares rapports d’expertise qui ont survécus afin de démontrer que concevoir et construire au bas Moyen Âge n’étaient pas seulement l’apanage de l’esprit du maître bâtisseur (in mente conceptum), mais requéraient aussi une procédure bien réglée dans la mesure où travailler avec les entrepreneurs laissait peu de place à l’improvisation.

In 1431 the Duke of Burgundy ordained that in the Duchy of Brabant all the large and heavy building works in his service should be put into tender. This practice of letting work out to contract was already common in the Netherlands in the fourteenth century, when a highly developed private building market started to emerge. Of particular interest, were the workshops near the quarries around Brussels, which could deliver prefabricated products ranging from small quantities of dressing stone to complete building kits. Only few buildings like Our Lady in Antwerp and Utrecht Cathedral were erected by direct labour. The court, as well as the church and the cities preferred to rely on private firms, instead of establishing their own large building companies.
Efficiency and price competition were obvious reasons for the success of letting work out. Contractors were invited to attend biddings, where they where tempted to make their lowest offer by an intelligent system of bonuses. Furthermore, the patron could do with a small controlling body and did not need to hire specialised and highly skilled workers all year round.
The involvement of commercial parties requested a rationalised procedure for design and surveying. To communicate the work and to lay it down in contract well thought-out designs were needed beforehand, which included a package of drawings, building specifications, and stonecutter’s templates. When the work was finished, the construction was inspected by building experts, who made detailed reports with measurements of the actual building.
In this paper two rare surviving reports are discussed to demonstrate that planning and building in the late-middle ages was not an process which only took place in the mind of the building master (
in mente conceptum), but instead required a systematic way of proceeding, since working with contractors left little room for improvisation.


[1] Simon Vollant (Archives municipales de la Ville de Lille) – photo E. Olivier-Valengin

[2] Éléments de bibliographie de P. Martens :
Martens P., « An early sixteenth-century drawing of two bulwarks at Arras », Fort. The international journal of fortification and military architecture, 27 (1999), p. 67-92.
Martens P., « Construction and Destruction of Military Architecture in the Mid-16th-Century Low Countries : Some Observations on Labour Force », dans Proceedings of The Second International Congress on Construction History (Queens’ College, Cambridge University, 29th March-2nd April 2006), M. Dunkeld, et al., éd., Cambridge, 2006, vol. 2, p. 2111-2123.
Martens P., « Pierre-Ernest de Mansfeld et les ingénieurs militaires : la défense du territoire », dans Un prince de la Renaissance. Pierre-Ernest de Mansfeld (1517-1604). II, Essais et catalogue, J.-L. Mousset, K. De Jonge, éd., Luxembourg, Musée national d’histoire et d’art, 2007, p. 97-112.
Martens P., « La destruction de Thérouanne et d’Hesdin par Charles Quint en 1553 », dans La forteresse à l’épreuve du temps. Destruction, dissolution, dénaturation, XIe-XXe siècle,G. Blieck, Ph. Contamine, et al., éd., Paris, CTHS, 2007, p. 63-117.
Martens P., « La défense des Pays-Bas et l’architecture militaire pendant la régence de Marie de Hongrie (1531−1555) », dans Marie de Hongrie. Politique et culture sous la Renaissance aux Pays-Bas, B. Federinov, G. Docquier, éd., Morlanwelz, Musée royal de Mariemont, 2008, p. 90-105.

[3] Éléments de bibliographie de E. Olivier-Valengin :
Olivier-Valengin E., « Hommes de technique et hommes de savoir : les experts jurés et l’expertise des bâtiments à Lille XVIe-fin XVIIIe siècles) », Premier congrès de l’Histoire de la Construction, Paris, 2008, à paraître, mai 2010.
Olivier-Valengin E., « Le Beau dans la ville de Lille : l’espace public et l’espace privé XVIe-XVIIIe siècles », dans Le Beau dans la ville, sous la direction de Ph. Chassaigne, Colloque, Tours, 23-24 novembre 2007, à paraître.
Olivier-Valengin E., « Notices : Hôtel de Wambrechies / Maison de la Bible d’Or », dans Catalogue de l’exposition Vauban, bâtisseur du Roi-Soleil, V.Sanger et I. Warmoes dir., Paris, Somogy, 2008.
Participation au Fascicule du Visiteur, Exposition Places fortes, Lille, Musée de l’Hospice Comtesse - Archives départementales du Nord, 2008.
Olivier-Valengin E., « L’émergence d’une élite d’entrepreneurs au sein de la corporation des maîtres maçons : des politiques familiales d’enrichissement à la reconnaissance sociale », dans Le peuple des villes dans l’Europe du Nord-Ouest (Fin du Moyen Age – 1945), Lille III, 2002, pp. 213-230.
Olivier-Valengin E., « La peinture dans les hôtels particuliers de Lille : un décor en constante évolution », dans La peinture en province Moyen-Age- XXème siècle. Colloque tenu à l’Université de Rennes 2, avril 2001,, J.-P. Lethuillier dir., Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2002, pp. 163-177.
Olivier-Valengin E., « L’architecture des hôtels particuliers 1667-1715 », dans Lille au XVIIe siècle, Paris, R.M.N., 2000, pp. 88-98.

[4] Éléments de bibliographie de A. Lang :
LANG, Astrid, Die frühneuzeitliche Architekturzeichnung als Medium intra- und interkultureller Kommunikation : Entwurfs- und Repräsentationskonventionen nördlich der Alpen und ihre Bedeutung für den Kulturtransfer um 1500 am Beispiel der Architekturzeichnungen von Hermann Vischer d. J. Diss. Cologne, (à paraître).

[5] Éléments de bibliographie de M. Hurx :
VAN ESSEN G. et. HURX M, « Design and construction in the cities of Holland, Part I. Supraregional and municipal systems : the construction of large city churches and the earliest public works (14th – 16th centuries) », OverHolland, 8 (2009), p. 3-30.
HURX M., « Architecten en gildedwang ; vernieuwingen in de ontwerppraktijk in de vijftiende en zestiende eeuw ? », Bulletin van de Koninklijke Nederlandse Oudheidkundige Bond, 108 (2009), p. 1-18.
HURX M., « Middeleeuwse ’prefab’ in de Nederlanden ? De Hollandse kerken van de Antwerpse loodsmeester Evert Spoorwater », Bulletin van de Koninklijke Nederlandse Oudheidkundige Bond, 106 (2007), p. 112-134.
HURX M., « Bartolomeo Ammannati and the College of San Giovannino in Florence : Adapting Architecture to Jesuit Needs », Journal of the Society of Architectural Historians, 68/3 (sept. 2009), p. 338-357.