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Robert Jacob

Séminaire de recherche - Université Paris 1

Le monopole étatique de la violence
Le mardi, à 17 h. Salle Perroy
Thèmes de recherche
Programme

ARGUMENT DU SÉMINAIRE
Depuis Max Weber, il est courant de définir l’État comme l’ordre juridique qui parvient à imposer le monopole de la violence sur l’ensemble de son territoire. Entendons que les mêmes faits, coups et blessures, homicide, saisie des biens d’autrui ou privation de liberté, sont imputés à crime lorsqu’ils sont commis par des particuliers, tandis qu’ils deviennent licites lorsqu’ils sont exécutés par des organes de l’État ou dans des conditions déterminées par lui.
Ce monopole est l’aboutissement d’une très longue histoire. Mais curieusement, cette histoire a encore peu d’historiens. Plus exactement, ceux qui se sont attachés à l’étude de la violence sous toutes ses formes (vengeance, guerre, peine de mort, prison, exécution forcée, criminalité, expressions littéraires, etc.) ne s’inscrivent pas dans une problématique qui aurait fait de l’histoire de la construction du monopole étatique une de ses priorités. L’exception la plus remarquable est Norbert Elias, qui a proposé un schéma d’évolution historique de la mise en place de deux monopoles à ses yeux couplés, monopole de l’impôt et monopole de la violence. Ce schéma ne peut guère être retenu qu’à titre très provisoire.
Le séminaire devrait aborder les questions suivantes.
1. La définition de ce que l’on entend par ce « monopole », qui devient selon les interprétations des formules wébériennes, de la « violence », de la « violence légitime », de la « violence coercitive », de la « contrainte physique », etc. Dans l’acception la plus exigeante, sans doute celle à laquelle songeait Weber, il suppose la codification des infractions et l’automaticité de la réponse infraction/sanction (excluant l’arbitraire du juge). Ce stade terminal n’a été atteint en Angleterre qu’avec l’inflation de la législation pénale au XVIIIe siècle et en France avec le premier code de 1791. Mais il n’est pas sans intérêt de noter d’entrée de jeu qu’en Chine, ce stade semble déjà atteint dès l’époque Tang, qui correspond en Occident aux temps mérovingiens. L’histoire comparée met d’emblée en évidence des voies complètement différentes de construction de l’État.
2. La tentative d’aperception d’un processus de construction de l’État monopoleur et de seuils chronologiques qui le ponctuent. A quel moment tel comportement violent est-il rigoureusement prohibé ? Observe-t-on une évolution dans le droit de détenir ou porter des armes ? Quand apparaît et pourquoi disparaît la lettre de rémission ? Quel fut le rôle des conflits de juridiction entre les différentes pouvoirs ? Comment s’explique le paradoxe de la France des XIVe et XVe siècles, qui connaît en même temps un état de guerre endémique (guerre extérieure, intestine, privée) et une montée en puissance continue de l’appareil judiciaire ? A dire vrai, toutes les problématiques de l’historiographie de la violence et de la justice peuvent être réinscrites dans la perspective de la construction du monopole étatique. Cependant, à l’épreuve, il est possible que les travaux du séminaire remettent en cause la pertinence même de la démarche. Après tout, si les historiens n’en ont pas fait un angle d’approche prioritaire, c’est sans doute que le monopole apparaît comme la résultante de processus différents, dont chacun pourrait s’expliquer par des causes propres. Il se situerait ainsi dans une sorte d’ « impensé » de l’histoire occidentale. Mais il resterait alors à réfléchir sur cet impensé même. Comment se fait-il que l’idée qu’une des fonctions régaliennes élémentaires est de garantir absolument la sécurité physique des sujets, aujourd’hui si prégnante, ait mis autant de temps à émerger ?